Vous pouvez commencer seul ou seule votre entreprise, mais très souvent, vient un moment où, pour avancer sérieusement, vous avez besoin de capitaux extérieurs, que vous soyez dans le domaine de l'artisanat, du service ou de l'industrie. Il est en effet compliqué de financer entièrement un projet de création d'entreprise sur ses seuls fonds propres. Les fonds d'investissement viennent renforcer ou relancer les activités, et pour cela, vous avez besoin d'investisseurs extérieurs, privés ou publics. Ceux-ci, s'ils sont intéressés par votre projet, participeront à la levée de fonds. Cependant, avant d'espérer convaincre ces investisseurs, il faut d'abord les dénicher, et savoir vers quel type d'interlocuteur se tourner selon la nature et l'ambition de son projet.

Pourquoi chercher des investisseurs pour sa création d'entreprise

Il est vrai que ce sont surtout les startups qui font l'objet d'une levée de fonds auprès des investisseurs. Cela arrive lorsque ces dernières mettent en place un nouveau produit ou service, qui offre davantage de potentiel que ce qui existait auparavant. Il faut entre autres que les investisseurs soient sûrs de rentabiliser ce qu'ils injectent dans les projets, car un investissement reste avant tout un pari sur l'avenir, assorti d'une prise de risque qu'ils cherchent naturellement à maîtriser.

Heureusement, il n'y en a pas seulement pour les startups, et on trouve aussi des investisseurs qui ne regardent pas uniquement le profit à engranger. Certains s'attardent surtout sur les valeurs créées, ainsi que sur l'impact sur le territoire et sur l'emploi local. Ceux-là sont prêts à financer les projets de création d'entreprises, les microentreprises ou les TPE, y compris lorsque la rentabilité attendue est modeste mais que l'utilité sociale est réelle. Faire appel à des capitaux extérieurs présente d'ailleurs un double intérêt : cela apporte les moyens financiers nécessaires au démarrage ou au développement, mais cela oblige aussi le porteur de projet à structurer sa réflexion, à formaliser un prévisionnel solide et à clarifier son modèle économique. À cet effet, plusieurs grandes familles d'acteurs peuvent être contactées, chacune ayant ses logiques, ses montants et ses durées d'intervention.

Avant de se lancer dans la recherche, il est utile de bien cerner ses besoins réels. De quel montant avez-vous vraiment besoin, pour financer quoi, et à quelle échéance ? Un investissement destiné à acheter du matériel ne se raisonne pas comme un besoin de trésorerie pour couvrir les premiers mois d'activité. En chiffrant précisément le coût de votre démarrage, votre besoin en fonds de roulement et vos marges de sécurité, vous saurez plus facilement vers quel type de financeur vous tourner. Cette étape de cadrage évite deux écueils fréquents, celui de demander trop peu et de se retrouver rapidement à court de moyens, et celui de demander trop, au risque de diluer inutilement son capital ou de s'endetter au-delà du raisonnable. Un besoin bien défini est déjà un argument de sérieux face à un investisseur. Pensez aussi à intégrer dans ce chiffrage les charges fixes du démarrage, souvent sous-estimées, à commencer par le coût de votre assurance professionnelle adaptée à votre activité.

Les investisseurs de proximité et le capital-risque solidaire

Avant de viser de gros tours de table, il existe des solutions ancrées dans les territoires, pensées pour accompagner les petites structures et les projets à dimension humaine. Deux grandes approches se distinguent, celle des organismes de proximité et celle du capital-risque solidaire.

Les organismes de proximité

On retrouve sous cette appellation les clubs d'investisseurs que sont les CIGALES, dont le sigle signifie « Clubs d'investisseurs pour une gestion alternative et locale de l'épargne solidaire ». En plus d'investir dans des projets de TPE locales, les CIGALES font bénéficier leurs dirigeants d'un accompagnement lors du lancement de leur activité, ce qui est loin d'être négligeable quand on débute. Cet appui humain, fait de conseils et de mise en relation, vaut parfois autant que l'apport financier lui-même. Pour un créateur isolé, disposer d'un groupe de personnes qui croient en son projet et qui suivent son évolution représente un soutien moral qui aide à tenir dans les moments difficiles, toujours nombreux au démarrage d'une activité.

La durée de ce genre d'investissement est souvent de cinq ans, et le montant investi varie entre 1500 et 5000 euros. Par contre, il est tout à fait possible que plusieurs CIGALES prennent ensemble la décision d'investir dans un même projet, ce qui permet d'additionner les apports et d'atteindre une somme plus significative tout en multipliant les regards bienveillants autour de l'entreprise naissante.

Le capital-risque solidaire

Ce genre d'investisseurs se donne pour mission de guider les entrepreneurs dans la création d'entreprises locales. C'est le cas de plusieurs structures reconnues. Garrigue, tout d'abord, se présente comme une « coopérative citoyenne de capital risque d'amorçage et de développement dans des entreprises ». Le but de ces investisseurs peut être environnemental, social, ou les deux à la fois. Ensuite, ESS s'occupe des projets de création d'entreprise, mais aussi de développement, dans les domaines de l'économie sociale et solidaire, d'où son sigle. Enfin, Autonomie & Solidarité est une structure implantée dans les Hauts-de-France, dont la mission est de financer des TPE au plus près du tissu local.

Dans ce cadre, les investisseurs participent au moins de 5 à 30 pour cent au capital. À cela peut s'ajouter, potentiellement, un apport en compte courant d'associé. Il peut aussi être question d'un prêt participatif, qui présente l'avantage de renforcer la solidité financière du projet sans diluer davantage le capital. Pour ce qui est de la durée, elle varie entre cinq et sept ans. Quant au montant d'investissement, il se situe généralement entre 20 000 et 30 000 euros. Soulignons que dans le cas d'Autonomie & Solidarité, le montant peut aller jusqu'à 75 000 euros, ce qui en fait un partenaire précieux pour des projets un peu plus ambitieux tout en restant fidèles à une logique solidaire.

Les investisseurs privés et les business angels

À côté de ces acteurs solidaires, on trouve les investisseurs privés, dont les logiques sont davantage tournées vers le rendement, même si la dimension humaine et le coup de cœur pour un projet jouent souvent un rôle non négligeable.

Ici, le moyen le plus utilisé est le crowdfunding, ou financement participatif. Pour investir dans un projet grâce à un investissement privé, cela peut se faire en capital. Dans ce cas, la rémunération de l'investisseur se fait en dividendes. S'il advient qu'il y ait cession des titres, alors le gain se réalise en plus-values. Lorsque le financement est réalisé en obligations, la rémunération se fait par des intérêts. On parlera enfin de commissions sur le chiffre d'affaires quand ce sont des royalties qui ont servi au financement. Ces différentes formes offrent une belle souplesse, car elles permettent d'adapter la contrepartie de l'investisseur à la réalité et aux perspectives de l'entreprise.

Parmi les investisseurs privés, il existe aussi ce que l'on appelle plus classiquement les « business angels ». Ces derniers sont spécialisés dans le placement de capitaux au sein de nouvelles entreprises, généralement pour une durée limitée dans le temps. Ils sont ainsi, en pratique, associés à l'entreprise de manière statutaire, mais ils reprennent leurs parts à une date ultérieure à la création, le plus souvent au bout de cinq ans environ. Au-delà de leur argent, les business angels apportent fréquemment leur expérience, leur carnet d'adresses et leurs conseils, ce qui peut se révéler déterminant pour un jeune dirigeant qui manque encore de repères dans son secteur.

Le financement participatif, de son côté, présente un atout souvent sous-estimé : il constitue aussi un formidable test de marché. Si de nombreuses personnes acceptent de mettre la main à la poche pour soutenir votre idée, c'est déjà un signe encourageant que celle-ci répond à un vrai besoin. Une campagne réussie peut ainsi jouer un double rôle, en apportant des fonds et en offrant une première visibilité, parfois relayée par la presse locale ou les réseaux sociaux. À l'inverse, une campagne qui peine à décoller peut être l'occasion de revoir son offre ou son discours avant d'aller plus loin. C'est donc autant un outil de financement qu'un outil de validation, à condition de bien préparer sa communication et de savoir mobiliser son entourage dès le lancement.

financement de creation entreprise

Les banques et organismes financiers

Il existe généralement des solutions d'équipement toutes faites chez les prêteurs que sont les organismes financiers. Les banques proposent ainsi des prêts créateurs d'entreprise pour financer du matériel, plus rarement de la trésorerie ou du besoin en fonds de roulement. Il s'agit dès lors de présenter un plan de financement et, plus généralement, un prévisionnel au sein d'un business plan solide et argumenté. Il est largement conseillé de contacter plusieurs organismes bancaires avant de faire un choix, ne serait-ce que pour comparer les offres et faire jouer la concurrence.

Les services d'une banque sont nombreux, et il faut tenir compte des frais annexes à la contraction du prêt. En effet, demander un prêt à une banque, c'est pour elle l'occasion d'obliger à l'ouverture d'un compte courant. Rappelons d'ailleurs qu'une banque n'a aucune obligation légale de prêter de l'argent à un tiers, ce qui signifie qu'un dossier bien préparé, crédible et rassurant, augmente réellement vos chances d'obtenir une réponse favorable. Les banques suivront avec plus d'intérêt votre projet de création d'entreprise si vous réunissez au préalable des investisseurs, l'apport étant crucial à leurs yeux, car il témoigne de votre implication et réduit le risque qu'elles prennent à vos côtés.

question financement bancaire

Si vous optez pour un prêt bancaire, ne vous fixez pas uniquement sur le montant du taux d'intérêt. Bien que ces taux soient en train de remonter un peu en raison de la situation politique et économique mondiale, ils restent globalement abordables. Observez plutôt en priorité les garanties et les cautions demandées, car ce sont elles qui engagent vraiment votre patrimoine. Des organismes comme France Active peuvent d'ailleurs vous accompagner sur ce sujet afin d'éviter les cautions solidaires, qui sont particulièrement handicapantes si votre projet de création d'entreprise venait à ne pas réussir. Se faire épauler sur ces aspects juridiques et financiers est souvent un excellent moyen de se protéger sans renoncer à son projet.

Il faut aussi savoir que les banques ne sont pas les seules à proposer des solutions de crédit adaptées aux créateurs. Certains dispositifs publics et régionaux existent pour faciliter l'accès au financement des jeunes entreprises, sous forme de prêts d'honneur à taux nul, de garanties ou de subventions ciblées. Ces aides, souvent méconnues, peuvent compléter très utilement un prêt bancaire classique et rassurer les autres financeurs. Se rapprocher des chambres de commerce, des chambres de métiers ou des réseaux d'accompagnement de son territoire permet généralement d'y voir plus clair et de ne pas passer à côté d'un coup de pouce précieux. Cumuler intelligemment ces différents leviers est une pratique courante chez les créateurs bien préparés.

Le cas des associations et des entreprises de l'ESS

Différentes structures financent également des associations en création. C'est le cas des CIGALES, déjà évoquées, mais aussi du Fonds d'amorçage France Active. Il s'agit d'une association qui offre des opportunités aux petites associations, qu'elles soient en pleine création ou en plein lancement. Elle les accompagne vers la structuration financière, avec pour objectif de rendre leur activité d'utilité sociale durable dans le temps. Cela prend également en compte la question des emplois, souvent centrale dans ce type de structures.

Le Fonds d'amorçage France Active apporte donc des financements aux petites associations. Ces dernières manquent souvent de visibilité suffisante pour bénéficier de financements à moyen terme auprès des circuits classiques. Avec l'appui de la structure, les associations ont la possibilité d'obtenir des fonds pour leur projet, mais aussi les fonds de roulement nécessaires à la création ou au développement de leurs petites structures. C'est un soutien précieux pour des acteurs qui, sans cela, resteraient parfois à la porte des financements traditionnels.

Néanmoins, cela ne couvre pas les pertes d'exploitation, qu'elles soient anciennes ou futures. Pour finir sur ce point, il faut savoir que le montant accordé par le fonds d'amorçage se situe entre 5000 et 10 000 euros. Il existe un droit de reprise, et la durée totale de l'apport est d'un an, renouvelable une fois. Cela peut également correspondre à dix-huit mois selon les situations. Enfin, pour compléter tout à fait le sujet, il existe plus facilement des aides pour les structures qui démarrent en SCOP ou en SCIC. Ces formats de « sociétés où chaque voix compte » dans la gouvernance sont particulièrement soutenus par des organismes nationaux et régionaux. Rappelons toutefois que l'économie sociale et solidaire reste dans le registre du marché concurrentiel. Ces SCOP et SCIC ont ainsi, elles aussi, un statut de société à part entière, qu'il s'agisse d'une SA, d'une SAS ou d'une autre forme juridique.

Comment convaincre et bien choisir ses investisseurs

Une fois les pistes identifiées, encore faut-il transformer l'essai. Trouver un investisseur ne se limite jamais à frapper à la bonne porte, il faut aussi arriver avec un dossier convaincant. Un business plan clair, un prévisionnel réaliste et une présentation soignée de votre marché, de votre offre et de vos atouts font toute la différence. Les investisseurs, quels qu'ils soient, cherchent à comprendre où va leur argent, comment il sera utilisé et à quel horizon ils pourront espérer un retour, financier ou d'une autre nature. Soignez donc autant le fond que la forme, car un projet mal présenté peut être excellent sur le papier et pourtant peiner à convaincre.

Il est aussi essentiel de choisir un partenaire dont les valeurs et les attentes correspondent aux vôtres. Un business angel très orienté rendement n'aura pas le même comportement qu'une CIGALE attentive à l'impact local, et un prêt bancaire n'engage pas de la même façon qu'une entrée au capital. Bien s'entourer, notamment en se faisant accompagner par des réseaux d'aide à la création, permet d'éviter des erreurs coûteuses et de nouer des relations saines et durables avec ceux qui vous soutiennent.

Enfin, gardez à l'esprit qu'il n'existe pas de solution unique et miraculeuse. Beaucoup de créateurs combinent plusieurs sources de financement, en associant par exemple un apport personnel, un club d'investisseurs, un prêt bancaire et une campagne de financement participatif. Cette approche mixte réduit la dépendance à un seul acteur et renforce la crédibilité du projet aux yeux de tous, car chaque financeur voit qu'il n'est pas seul à faire confiance à l'entreprise. Ce montage combiné est d'ailleurs la règle dans certains secteurs réglementés : pour reprendre une pharmacie à son compte, apport personnel, prêt bancaire et investisseurs se complètent presque toujours.

N'oubliez pas non plus que la relation avec un investisseur ne s'arrête pas le jour où l'argent est versé. Elle se poursuit dans le temps, à travers des points réguliers, des comptes rendus et parfois des décisions à prendre ensemble. Il est donc sain d'aborder cette relation avec transparence, en partageant les bonnes nouvelles comme les difficultés, plutôt que de chercher à masquer les mauvaises passes. Un investisseur informé et respecté restera bien plus enclin à vous accompagner sur la durée, voire à remettre au pot si le projet en a besoin, qu'un partenaire tenu à l'écart et pris au dépourvu. La confiance, patiemment construite, est sans doute le capital le plus précieux d'une jeune entreprise.

En prenant le temps de bien préparer votre recherche et de comparer les options qui s'offrent à vous, vous mettrez toutes les chances de votre côté pour réunir les capitaux nécessaires et donner à votre entreprise le meilleur départ possible.